Le drone et la manifestation

21/01/2017
drone-police-60e66abedbd33252824163.jpg

Samedi 10 décembre dernier, le Collectif de l'Etoile ferroviaire de Veynes organisait le ''Très Grand Traintamarre'' : des rassemblements festifs dans treize gares de Grenoble à Briançon, contre les menaces de fermeture de la ligne de train. Près de 1 200 usagers, usagères et cheminots avaient répondu à l'appel.

À la gare de Clelles, un manifestant avait apporté son drone. Avec enthousiasme, il proposait de prendre de belles photos du rassemblement, "vu du ciel". Quelques manifestant-e-s ont exprimé de vives protestations. Les organisateurs et organisatrices ont alors proposé un vote à main levée. Parmi la centaine de Triévois-es présent-e-s au moment du vote, seul-e-s quelques-un-e-s ont voté pour que le drone reste dans sa mallette.

Quelques semaines après cet événement, Ici Grenoble publie ce petit texte d'une Triévoise qui ne voulait pas du drone à la gare de Clelles, et qui explique pourquoi. Une invitation à réfléchir sur les drones...

"Nous acceptons l'automobile et ses 1,2 millions de morts par an dans le monde (le double en comptant les décès dus à la pollution) - chiffre qu'aucune guerre, aucun cyclone, aucun acte terroriste n'a atteint depuis 1945.

Nous acceptons le téléphone portable et son coltan, et tant pis si le contrôle des mines est au cœur d'une guerre meurtrière en RDC, tant pis si l'extraction se fait à grands coups de déforestation.

Nous acceptons internet et son gouffre énergétique (on trouve comme chiffre que ce serait l'équivalent de la production de 40 centrales nucléaires). 

Parce que c'est pratique.
Parce que mon choix personnel est une goutte d'eau, qu'il ne change rien au cours des choses.
Parce que je l'utilise à des fins que j'estime importantes. 
Parce que le monde fonctionne comme ça, que je ne peux pas vivre en ermite.

Effectivement, une fois qu'une technologie s'est généralisée, y résister devient une gageure (moi qui ne possède ni automobile, ni téléphone portable, je peux en témoigner). Mais peut-être la marge de manœuvre existe-t-elle encore quand on en est aux débuts de sa diffusion.

Alors parlons des drones.

Le samedi 10 décembre 2016, c'est le grand Traintamarre en gare de Clelles, pour défendre la ligne de train Grenoble – Gap. Environ 150 personnes sont venues manifester, c'est un succès ! Comme cette mobilisation a lieu dans une dizaine d'autres gares de la ligne, l'idée est de prendre des images pour ensuite monter un film commun. C'est là qu'arrive la question du drone. Vite réglée, car la plupart des gens ne voyant pas le problème, l'assemblée tranche massivement : d'accord pour être filmé-es par le drone. Or moi j'en vois un de problème, et même plusieurs :

C'est un énième objet de haute technologie, impossible à recycler, qui demande de l'énergie pour le produire et le faire fonctionner, dont on ignore les conditions de production (mais elles sont sûrement brillantes).

A chaque fois qu'on en achète un, on fait baisser ses coûts de production et on participe à sa « démocratisation ».

À chaque fois qu'on l'utilise, on en fait gratuitement la publicité.

Mais en plus de tous ces aspects, malheureusement applicables à tous les gadgets qui nous entourent, il y a son usage.

Oui, un drone peut être utilisé pour surveiller les forêts afin de maîtriser les départs de feu. De la même façon que l'ambulance justifie l'ensemble des voitures, que le téléphone portable qui sauve une fois quelqu'un dans la montagne sert d'excuse à tous nos « allô, t'es où ? ». En tout cas ce 10 décembre je n'ai pas vu de risque de départ de feu.

L'utilisation massive du drone, c'est surtout l'assassinat et la surveillance. L'assassinat dans des contrées lointaines bien sûr ; quant à la surveillance, nos villages n'en sont pas les premières cibles, ce sont plutôt les banlieues dites chaudes et les manifestations urbaines. Tout cela, donc, nous indiffère. D'ailleurs nous qui n'avons rien à nous reprocher, pourquoi craindre les caméras, micros, capteurs thermiques, système de reconnaissance faciale et de détection de comportements suspects, balles en caoutchouc, gaz lacrymogène, armes létales dont peuvent être équipés les drones ?

C'est de la science-fiction ? Pourtant il a même un joli nom, 'Elsa', le type de drones utilisé par la police en France. Dans un flou juridique total, car il n'existe pas de restrictions légales à l’utilisation des drones par les forces de l'ordre.

Qu'est-ce que la gentille caméra qui volait au-dessus de nous à la gare de Clelles a à voir avec ces armes de guerre ? Tout, car on ne peut pas les distinguer l'un de l'autre, donc si l'on ne se méfie pas du drone du gamin d'à côté qui filme pour rire notre chambre à coucher, on accepte dans le même élan tous les autres drones qui auront nettement moins d'humour.

Tiens, un autre lien avec le train. Au total, les travaux pour la ligne de train Grenoble-Gap, c'est 52 millions, que les pouvoirs publics n'ont pas, qu'on nous dit. Par ailleurs, Wauquiez va débourser 100 millions d'euros pour installer des caméras de vidéosurveillance dans toutes les gares de la région.

Alors je sais pas vous, mais moi, ça va, je me sens bien surveillée déjà, je n'ai pas besoin des drones, merci. "

Cet argumentaire vous a convaincu ? Vous apprécierez alors probablement le Drone be Gone...