Ensauvagement : Le storytelling made in Grenoble

28/09/2018
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La vérité n'a pas d'importance. L'important, c'est de raconter une histoire qui séduit un public ciblé. Et sidère les autres.

Voici résumé en trois phrases le storytelling, cette technique de communication désormais dominante dans les discours politiciens (et dont la Rock Star mondiale est probablement Donald Trump).

Certains storytellings ont un succès fou. En quelques heures, ils envahissent tout l'espace médiatique. Même l'imaginaire de ses opposant-e-s. "L'ensauvagement des quartiers" par exemple. Quels sont les ingrédients et les conséquences de ce storytelling en grande partie "made in Grenoble", plus précisément "made in Mistral" ?

Voici une petite analyse proposée par ici Grenoble :

1. Le point de départ : Un buzz

Tout bon storytelling doit partir d'une vague émotionnelle. Un événement hors normes. Qui nous sidère, nous effraie ou nous fascine. Le 24 août, deux vidéos amateur sont postées sur les réseaux sociaux : on y voit des dealers lourdement armés tenir un stand de drogues dans le quartier Mistral. En quelques heures, les vidéos deviennent virales. "Quoi ?! T'as vu ça ?! À Grenoble, la drogue est vendue sur des stands, en pleine rue ! Avec des gars en kalash ! Ça craint !"

2. La conception : Un storytelling prêt-à-réchauffer

Au Ministère de l'intérieur, la Story est déjà prête : "Une partie de la société est en train de s'ensauvager". Gérald Darmanin avait déjà servi ce storytelling d'extrême droite fin juillet au Figaro. Mais son interview était passée relativement inaperçue. Le buzz de Grenoble est une aubaine : il va porter le concept d'ensauvagement, son imaginaire colonial et raciste au sommet des médias. Le public à séduire ? La droite et l'extrême droite. Le public à sidérer ? Toute la gauche.

3. Les Storytellers : Réseaux sociaux du Far West et médias sauce Fox News

Pas de storytelling efficace sans des médias et des réseaux sociaux storytellers : centrés sur l'émotion, le sensationnel avant la vérité. Pas de Trump sans Facebook, Instagram et Fox News. Pas de Darmanin sans Cnews, RTL, TF1 et Facebook. Une puissance de frappe de dizaines de millions de Français-es. Les infos sont reprises en boucle, sans vérification, tandis qu'une armada de commentateurs et d'experts vont décliner à foison le cas de Grenoble.

4. La vérité : Quelle vérité ?!

Une semaine plus tard, un rappeur amateur, Corbak Hood, met en ligne le clip de son morceau Chicagre. Apparaissent les mêmes individus, les mêmes armes et les mêmes drogues que sur ces vidéos qui avaient ouvert un débat sur l'insécurité à Grenoble. Trop tard. Le coup est parti. Sur les probablement 20 millions de Français-es, combien auront eu l'info selon laquelle il s'agit d'un montage ? Et quand bien même, l'émotion est passée et a fixé les esprits. laisse des traces. Grenoble, ça craint, ça devient comme Marseille. Le quartier Mistral est malfamé. Faites le test dans votre famille, vous verrez.

Un foule d'articles. Le Dauphiné Libéré surle sentiment d'insécurité qui monte, sur Grenoble Chicago. Et de quoi parle le clip Ganstarap desespéré. ? De Chicagre. La boucle est bouclée.

5. Les conséquences : Toujours plus de cadres de pensée de l'extrême-droite

L'ingrédient fondamental du storrytelling est le suspens : créer une attente dont la résolution profitera. La société s'ensauvage. mais qui va empêcher cette horreur ? Le ministre de l'intérieur bien sûr. Mais suspens : va-t-il réussir ? Va-t-on endiguer l'ensauvagement des quartiers ? Où cela va-t-il se finir ? Que va-t-il arriver ? Darmanin comme "papa protecteur". Grenoble, ville ensauvagée, et donc où la répression. La stratégie du pyromane pompier.

À Grenoble, la préfecture reprend : même, on parade, une "descente" pour montrer. Regardez, on vient lutter contre l'ensauvagement. Aucune réflexion sur la sociologie, sur le système. Tout cela serait simplement un problème de répression.

sidère tout le monde. Les activites tournent une parodie et utilisent la rhétorique de l'ensauvagement. Le mot a gagné tous les imaginaires.

 Appel d'air, le grand remplacement, concept fumeux cadre de pensée imposé par l'extrême droite. Ça pae politiquement, population pgaé cadre de pensée

 

L’usage du terme « séparatisme », à la place de communautarisme, et la référence aux Amish pour fustiger les anti-5G sont banalisés pour mieux le signifier. Prise au premier degré, cette terminologie – tout le monde le sait y compris leurs adeptes et la presse – est très connotée et fait référence aux vocabulaires de l’extrême-droite, du colonialisme[2]et de l’hypermodernité

iviser (les classes, les races, les sexes), ordonner, réprimer les populations et affermir l’État.

6. Quelques antidotes ?

L'info est structurée pour cela. Les réseaux sociaux, les chaînes d'infos en continu sont conçues pour cela. cette mécanique infernale. Tous les jours. Des politicien-ne-s sans foi ni loi, des médias , des réseaux sociaux centrés sur l'émotion. Le storytelling a de beaux jours devant lui. sur le site Acrimed.

Oui, il y a bien un gros problème de drogue à Grenoble, des morts par réglements de compte. 30 000 à 50 000 consommateurs de cannabis, 10 000 tous les jours. Un énorme magasin. La fréquentation d'une grande surface, tous les jours. Le gangstarap deséspéré de Corbak Hood dit quelque chose

sur le site Acrimed.

Comment se défendre dans ces conditions ? La réalité. Les habitant-e-s de Mistral savent bien. par un tissu social. Les arguments ne servent à rien, car des millions de Français-es ne lisent plus, ne s'intéressent pas aux arguments. Au moins comprendre le piège, se combat par la réalité. Quand les activistes de la Buisserate rencontrent les riverains, discutent. Quand des associations font du travail de terrain. Le storytelling se combat par le réel, le proche, la rencontre.

 


 c’est bien l’État français qui est voulu séparatiste (et non des groupes sociaux), et qui veut promouvoir une élite mâle, riche, blanche, chrétienne, hétérosexuelle, aux manettes du pouvoir politique.

Enfin, la référence aux Amish pour qualifier non seulement les écologistes mais aussi les militants de la préservation des libertés individuelles, est exemplaire

les progressistes contre les "Amish", les républicains contre les "séparatistes", les salariés contre les "assistés", les civilisés contre les "ensauvagés", etc.